
Tout doit être toujours plus net et plus clair.
Plus net encore que la réalité elle-même.
Partout on embrasse la netteté tranchante des lignes définies et polies.
Toujours augmenter les pixels. Parfaire la définition.
Est-ce que nous ne pourrions pas, parfois, nous résoudre à moins de résolution ?
C’est bien le flou aussi, l’accident, la faille, ça laisse place à l’imagination.
Choisir d’évoquer, plus qu’exhiber.
C’est bien aussi quand c’est vaporeux, insaisissable, c’est plus dansant, plus en mouvement, c’est plus doux, plus tendre.
C’est plus la vie.
Saisir ce moment de grâce, laisser se dévoiler autre chose. Donner du corps à ce qu’on n’aurait pas immédiatement discerné. Ça redonne de l’humilité à l’objet, plutôt que de dresser avec ostentation son évidente splendeur.
Curieusement, c’est aussi comme si le flou rendait visible l’invisible.
« Avec le flou, ce serait, paradoxalement, comme si enfin une mise au point exacte se faisait sur le sensible pour manifester que sa vraie clarté est celle de l’indistinction » (Jean Colrat)
Oui, c’est comme si le flou, se dérobant devant vous, estompait le visible en vous redonnant l’espace et le pouvoir de voir. Vous permettait de vous affranchir du tangible, du préhensible.
Estompait les frontières et les contours. Rendait possible l’indiscernable et l’inaccessible.
Avec lui, ça vibre, et ça offre plus de liberté.