
Je nous revois encore, gamines, à vouloir faire grandes.
Timides, ça commence d’abord par des esquisses de maquillage, des bribes de couleurs disposées ça et là sur cette toile enfantine, pour se parer, parfois se camoufler. On ose sans trop oser, la main jamais trop lourde.
On se tente au fard, au mascara un peu trop ébouriffant, la bouche en O, pour mieux nous concentrer.
Les cils granuleux, les loupés, le rouge à lèvre mal disposé. On apprend, sans s’aventurer bien loin, comme un passage obligé. Pour devenir des grandes.
Il y a enfin cette étape ultime, qui fait de nous des expérimentées, des aguerries : le trait noir au dessus de la paupière. Celui qui nous donnera ces fameux yeux de biche. Trop long, trop court, pas assez épais, pas assez symétrique. On défaille, on s’impatiente, on retouche. La tâche est ardue, mais on ne lâche rien.
Tu te rappelles ? Et puis te voilà, 24 ans. Tu choisis la simplicité, un seul trait, ou plutôt deux, juste ce qu’il faut. Face au miroir, ça se pomponne et je ne peux m’empêcher de m’emparer de mon appareil photo. Je me rends compte que le temps passe si vite. Il est loin le temps où l’on s’engouffrait dans les toilettes du collège pour avoir la chance de saisir quelques clichés pixellisés qui ne portaient pas encore le nom de selfie.
On a grandi mais tu n’as pas changé.
Le décor est parfait, dans cette maison. Et je la trouve belle cette image de toi Palo, elle me rend un peu nostalgique.
Juste le temps de capter ces deux lèvres s’entrechoquer pour épouser leur forme respective. Elles s’entrelacent, légèrement et mécaniquement, estompant et répandant ce que tu as dessiné.
Ça se pavane, sans artifice, pour tracer et parfaire les contours dans le reflet de soi-même. Comme pour y sentir plus d’assurance.
Et puis ça jette un dernier regard, pour vérifier que rien ne dépasse.